Le général Rick Hillier quitte son poste de chef d'état-major
Presse canadienne
Le général Rick Hillier, le chef d'état-major de l'armée canadienne et son porte-parole le plus éloquent de la guerre en Afghanistan, a remis sa démission au premier ministre Stephen Harper, mardi. La démission entrera en vigueur le 1er juillet, jour de la Fête du Canada.
Dans une déclaration écrite rendue publique mardi après-midi, le général Hillier a dressé un bilan de son travail et a affirmé avoir atteint les principaux objectifs qu'il s'était fixés.
"Mon but était de mettre en place les éléments requis pour que nous, hommes et femmes de l'armée, de la marine et de l'aviation réussissent toutes les tâches reliées à la défense du Canada, aux valeurs et aux intérêts du Canada. Nous avons atteint ces objectifs-clé, ainsi que toutes les étapes critiques que j'avais prévues avant la fin de mon terme", a déclaré le général démissionnaire.
M. Hillier n'a pas manqué de rendre hommage à tous ceux et à toutes celles qui avaient laissé leur vie sur les champs de bataille. "Nous avons pleuré ceux qui nous ont quittés; nous devrons nous souvenir de tous ceux qui ont fait le sacrifice ultime au service de notre pays. Leurs sacrifices, et celui de leurs familles, méritent notre reconnaissance entière", a-t-il tenu à mentionner.
En conférence de presse, en fin d'après-midi, le général Hillier a assuré qu'il n'avait pas fait l'objet de pressions de la part de M. Harper pour remettre sa démission.
Toutefois,
M. Hillier a été au centre d'un litige public avec l'ancien ministre de la Défense Gordon O'Connor sur la durée requise pour les troupes canadiennes à entraîner les soldats afghans, un élément clé du plan d'action du Canada en vue de l'échéancier de sa mission en Afghanistan. Plusieurs observateurs estimaient que le conflit entre les deux hommes a coûté le poste de M. O'Connor.
M. Harper et l'ancien premier ministre et chef libéral Paul Martin ont déjà affirmé qu'ils accordaient beaucoup d'importance aux conseils du général Hillier.
Selon un expert-analyste en matière de défense, le moment du départ de M. Hillier ne semble pas avoir été choisi au hasard, puisqu'il survient tout juste après que le Parlement ait prolongé la mission canadienne à Kandahar pour une période de trois ans, et au moment où les probabilités du déclenchement d'une élection fédérale sont minces.
"Il ne voulait pas quitter peu de temps avant des élections car son départ serait devenu un sujet délicat au niveau politique, a déclaré Alex Morrison, président de l'Institut canadien des études stratégiques.
"Et il y a la prolongation de la mission en Afghanistan, de renchérir M. Morrison. Dans le cours normal des choses, il aurait quitté son poste une fois la mission terminée. C'est une bonne chose de compter sur un nouveau chef d'état-major dès maintenant."
Les hommes qui occupent le poste de chef d'état-major demeurent généralement en fonction pendant environ trois ans, et les rumeurs du départ du général Hillier, qui a souligné son troisième anniversaire à ce poste le 5 février, se faisaient de plus en plus persistantes.
Lors d'une allocution tenue en février devant la prestigieuse Conférence des associations de la défense, M. Hillier, un grand amateur de hockey, avait fait sourire les convives en rappelant que les Maple Leafs de Toronto seraient peut-être à la recherche d'un directeur général et qu'il était intéressé par le poste.
Ses commentaires, souvent controversés, ont alimenté les rumeurs voulant qu'il soit intéressé à se lancer en politique, ce que le général Hillier a toujours nié, cependant.
Certains observateurs l'ont qualifié d'architecte de la mission militaire canadienne à Kandahar, le conflit armé le plus intense auquel a participé le Canada depuis la Guerre de Corée.
Un récent livre, dont l'un des coauteurs était un militant du Parti libéral du Canada, soutient que les arguments convaincants du général Hillier ont convaincu Paul Martin, alors indécis sur la question, d'approuver le déploiement militaire en 2005.
Né en 1955, le général Hillier était reconnu comme un "vrai soldat", un homme éloquent qui faisait passer le bien-être de ses troupes avant tout.
Il laisse derrière lui des forces armées revigorées, équipées de nouveaux appareils, de nouveaux véhicules et d'autres équipements qui viennent remplacer ceux qui, auparavant, tombaient en désuétude après des années de coupes budgétaires et de négligence.
Le lieutenant-général Andrew Leslie, actuel chef de l'armée de terre, est l'un des candidats pressentis pour lui succéder, de même que le lieutenant-général Walter Natynczyk, vice-chef d'état-major depuis 2006.

